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vendredi 15 avril 2016

Autopsie d'un père - Pascale Kramer

La quatrième de couverture m'avait convaincue: j'ai donc accepté la réception du roman en échange d'une critique dans le cadre du jeu "Masse critique". Je pensais à une analyse de la société actuelle et à une évocation de ses maux; je pensais à une réflexion sur le monde médiatique et politique mais rien de tel, malheureusement. En lieu et place de ce que je pouvais espérer après lecture de la quatrième de couverture, j'ai lu l'histoire d'une relation plus que déprimante; celle d'une femme avec son père. Et encore, même ici, je n'ai rien compris. Pourquoi Ania s'est-elle détachée de son père? Pour quel(s) raison(s) le fossé s'est-il autant creusé? Qu'est-ce qui explique ce froid? cette absence d'amour? Je n'ai pas saisi. 

La maison d'édition interroge de son côté: "Que s'est-il passé pour que ce père en vienne à rétrécir ses vues au point de tremper dans une affaire aussi sordide et de devenir un paria?" Peut-elle me livrer la réponse? C'est que je ne l'ai pas trouvé dans le roman. Je n'ai pas compris, en effet, pourquoi et comment ce père, journaliste de gauche, en est venu à tenir des propos contestables. Pourquoi en est-il venu à soutenir l'indéfendable, l'inexcusable? Qu'est-ce qui explique le basculement, le changement? 

Flammarion continue: "En auscultant une France sous tension et au bord de l'explosion, Pascale Kramer nous offre un puissant roman sur le basculement politique et le repli sur soi, qu'elle met en scène de manière intime et collective." Je suis bien navrée de n'avoir rien lu sur ce sujet. J'ai vu, perçu, un décor qui y ressemblait mais ce qui nous était présenté, ce sur quoi insistait davantage l'auteure c'était, je crois, la relation ratée entre un père et sa fille et je n'ai guère apprécié sa manière de nous la raconter. Je me suis sincèrement ennuyée: c'était vide, superficiel, froid. Pas d'analyse, pas d'approfondissement. Rien qu'un récit malmené par une écriture que je n'ai pas appréciée.

Livre envoyé par Flammarion en partenariat avec Babelio. 

Autopsie d'un père, Pascale Kramer, Flammarion,174p, 17€

lundi 30 novembre 2015

P.S. Je t'aime toujours... - Jenny Han

Comment vous dire ... je n'ai pas aimé. J'ai même quasi-détesté. J'ai voulu découvrir ce livre à l'occasion d'un nouveau Masse critique organisé par Babelio parce que j'ai entendu parlé de lui, de son premier tome plus particulièrement; parce que je voulais voir un peu ce qu'il en était de ces lectures que les booktubeurs se plaisent à lire et présenter. Eh bien, ce livre n'est pas fait pour moi, faute à l'écriture que j'ai trouvé horrible à lire; faute à la narration que j'ai trouvé quelque peu immature. Il fait trop adolescent, trop jeune, trop simple, trop niais. C'est du recyclé, du déjà-vu, de la minauderie qui, personnellement, ne m'intéresse pas. Ce livre avait tellement de défauts, m'était tellement insupportable que je l'ai trouvé long, très long, difficile à terminer, à avaler. Les histoires de cœur de Lara Jean, jeune fille de 16 ans, me sont passées au dessus de la tête parce que l'auteure, Jenny Han, les racontent comme un pied. Le style n'est pas, le fond encore moins. J'ai fini parce que je n'abandonne jamais mais ce n'était pas la joie. A oublier.

Livre reçu par les éditions Panini en partenariat avec Babelio.

P.S. Je t'aime toujours..., Jenny Han, Panini Books, 393p, 16€

mardi 17 novembre 2015

Celles de la rivière - Valerie Geary

Une agréable surprise que ce roman. Il est bien mené, bien ficelé. Il est doué d'efficacité et se laisse facilement aborder. On entre, en effet, avec simplicité dans le roman, on se laisse guider, transporter. Et on veut savoir. A mesure que le fil se détend, que le récit se déroule, on veut connaitre le fin mot de l'histoire. Qui a tué cette jeune femme flottant dans la rivière? Qui a assassiné Taylor Bellweather? Deux jeunes filles, Ollie et Sam, mènent l'enquête pour sauver leur père, un brin original, accusé par tous du meurtre de la journaliste. Elles ont eu, elles aussi, un soupçon au départ mais elles ont très vite fini par croire en son innocence. Depuis, elles s'acharnent à le sauver. Depuis, elles veulent le libérer et le retrouver. Et avec elles, on vit l'enquête. On les suit. On les regarde faire. On se demande ce qu'il en est de cette affaire. Le suspens est brillant. On découvre progressivement, presque en même temps que ces petites enquêtrices, le drame qui se joue. Les petites traces laissées par l'auteure nous laisse entrevoir certaines possibilités mais il n'y a pas d'urgence. On reste sur le fil de l'histoire, attentif à ce qui nous est raconté. Dans une tension permanente, un environnement mystérieux, l'auteure parvient à attiser l'intérêt et la curiosité. On ne relâche rien, on reste jusqu'au bout. On s'énerve contre le silence permanent d'Ollie, on s'agace du comportement irréfléchie de Sam mais on s'émeut de leur histoire et de leur relation. On reste pour l'attachement qu'on a pour elles. Voilà, en bref, un roman qu'il faut vous conseiller pour le moment agréable qu'il promet. 

Roman envoyé par la maison d'édition Mosaïc en partenariat avec Babelio.

Celles de la rivière, Valérie Geary, Edition Mosaïc, 394p, 18.90€

jeudi 12 novembre 2015

L'Arménienne, l'indestructible fil de la vie - Gaya Guérian

C'est l'Arménie que je retrouve dans ce livre, pays qui a vu son peuple souffrir atrocement, loin des regards et dans un silence inquiétant. Nul ne peut le contester, les Arméniens ont subit les crimes les plus atroces, les injustices les plus insupportables; parce que différents, parce que chrétiens, parce qu'arméniens. Ils ont été victimes de génocide. On a voulu les détruire, les supprimer. Ils sont des milliers (plus d'un millions de morts) à avoir tout simplement disparus. Ils ne sont plus. Ils ne sont que dans le souvenir des survivants, dans la tête de celles et ceux qui ont réussi à échapper à la mort. Ceux-là ont vécu, oui, mais avec le cœur chargé, les yeux embués, l'esprit tourmenté. Et c'est ce que nous raconte Gaya Guérian. D'origine arménienne, l'auteure nous écrit le drame qui a touché les membres de sa famille. C'est sa grand-mère, Achrène, qui a survécu au génocide. C'est sa mère, Chenorig, devenue Azad (liberté), qui a échappé à la noyade. Ce sont des femmes à qui l'on a tout pris, qui ont tout perdu et qui se sont retrouvées seules au monde. C'est forcément triste et émouvant. C'est forcément horrible à penser et imaginer mais il faut toujours continuer à raconter pour ne pas oublier les tragédies imposées par les hommes avides de sang. A travers ses vies brisées, Gaya Guérian évoque d'autres sujets: la vie après le drame, la souffrance du survivant, la constitution de son identité, l'exil, les souvenirs, la nostalgie ... etc. Elle raconte ce que beaucoup d'opprimés, de réfugiés, d'exilés ont à connaitre également. Elle dit aussi le silence qui pèse, son rapport à l'identité et malheureusement pour moi, sur ce sujet, elle en dit peu. J'aurais aimé en effet que l'auteure écrive davantage, qu'elle nous livre beaucoup plus, qu'elle nous explique précisément ce que c'est que d'être la fille de survivants arméniens, comment se lit le silence qui pèse dans la famille, quelle place est accordée au passé, comment il envahit le présent, comment on vit avec cette histoire chargée, s'il est possible de s'en détacher.. etc. Elle répond mais pas suffisamment. J'ai eu l'impression, en effet, que le récit n'était pas suffisamment nourri ou qu'il était mal nourri. J'ai eu le sentiment d'un manque, d'une absence comme si le livre n'était pas complet, pas assez fouillé, pas assez expliqué. Il m'a manqué quelque chose. Et plus qu'un témoignage, j'ai parfois eu l'impression de lire un roman mal ficelé, un roman un peu tiré par les cornes. Qui se souvient par exemple de ce qu'il a vécu à deux/trois ans? Moi pas. Je suis donc toujours étonnée de lire des personnages qui se souviennent de leur petite enfance. Passe encore dans un roman, l'auteur y fait ce qu'il veut, mais dans un témoignage, est-ce bien crédible? J'en doute quelque peu. 

Livre envoyé par la maison d'édition XO en partenariat avec Babelio.

L'Arménienne, l'indestructible fil de la vie, Gaya Guérian, Edition XO, 269p, 17.90€

mercredi 4 novembre 2015

Lettres à mes frères et soeurs - Didier Lett

Autant le dire, autant être honnête: je n'aurais jamais acheté ce livre, je ne l'aurais jamais approché. Pour ce genre d'ouvrage, je n'ai en effet ni curiosité, ni intérêt. Ce n'est pas vers quoi je me dirige naturellement, ce n'est pas ce que je choisis spontanément. Alors quand Babelio m'a proposée sa lecture, je dois dire que j'ai hésité, ne sachant pas véritablement s'il méritait que je lui donne un peu de mon temps. Finalement, je l'ai sélectionné me disant qu'après tout pourquoi pas? pourquoi pas découvrir ce qui, jusque-là, ne faisait pas l'objet de ma curiosité. Eh bien, je l'ai lu, je l'ai abordé et je dois dire que je n'ai pas véritablement compris son intérêt. Je m'explique: j'ai aimé lire les lettres que ces frères et sœurs, célèbres pour la grande majorité, se sont envoyées. J'ai pris plaisir à lire les mots qu'ils se sont adressés, bien écrits, très soignés. J'ai aimé l'élégance de leur style et de leur plume. Leur langage est parfaitement maîtrisé et il illumine forcément quand il est comparé à ce qui se fait actuellement, un temps où l'on n'apprend pas à parler un langage si raffiné, à écrire d'une si grande beauté; un temps où le téléphone et les réseaux sociaux ont fait oublier la feuille et le stylo. J'ai aimé, aussi, découvrir un peu de leur intimité. C'est Stendhal, Honoré de Balzac, Fiodor Dostoïevski, Ernest Renan, Friedrich Nietzsche, parmi d'autres, qui écrivent et se livrent à leurs proches. J'ai aimé approcher l'être qu'ils sont sans doute en privé mais enfin je suis restée sur ma fin. Les quelques petites correspondances publiées n'ont effectivement pas suffit à nourrir ma curiosité que l'auteur, Didier Lett, a réveillé. Pourquoi nous donner quelques lettres seulement? Pourquoi ne pas aller au bout et étudier les relations de ces personnages avec leurs frères et/ou sœurs? A quoi bon ces petits textes qui ne font qu'éveiller un intérêt insatisfait? Insatisfaite, voilà le mot. J'ai eu le sentiment que l'auteur se moquait un peu de son lecteur, qu'il lui ouvrait les portes d'une intimité, d'une relation familiale, du privé pour, ensuite, lui claquer la porte au nez. Et il se demande, ce lecteur, mais quel intérêt? Pourquoi ce livre? Pourquoi donner un peu de ce privé? Pour nous dire que des frères et sœurs se sont aimés et qu'ils ont dit leur affection dans des lettres qu'on n'écrit plus aujourd'hui? Il me semble que les frères et sœurs, sauf exception, continuent de s'aimer alors quelle originalité? Pourquoi publier ce livre si ce n'est pour nous dévoiler à très très petite dose un peu de l'intimité de ces célèbres personnages? Ce livre intéressera-t-il? Il est beau, il est joli, il est très bien fait, il éveille la curiosité mais il ne la nourrit pas. Faut-il payer près de 10 euros pour ce résultat? Je ne conseillerai ce livre qu'à celles et ceux qui aiment lire les belles lettres, entendre les bons mots.

Livre envoyé par la maison d'édition LeRobert en partenariat avec Babelio. 

Lettres à mes frères et soeurs, Didier Lett, Edition LeRobert, 127p, 9.90€

dimanche 27 septembre 2015

Les villes de la plaine - Diane Meur


Je l'avais vu en librairie, attirée par la première de couverture que je trouvais attrayante. J'allais l'acheter en raison de la quatrième de couverture que je trouvais convaincante mais j'avais hésité, j'avais résisté. Je l'avais finalement déposé là où il était. Point de regret car je l'ai eu. Je l'ai lu grâce à Babelio et au Livre de Poche qui m'ont fait cadeau de ce livre que j'ai pris plaisir à lire et découvrir.  

J'ai aimé en effet la lecture de ce roman. J'ai aimé ce qu'il me racontait. Il dit des choses intéressantes, des choses qui font écho à l'actualité. Il parle du mot, du texte et de leur subtilité. Il parle du pouvoir de l'interprétation et de l'attribution du sens. Il dit la complexité à saisir les mots, à les comprendre; des mots si difficiles à cerner qu'il faut les étudier pour découvrir leur vérité - si tant est qu'il y en ait une. Il parle, ce roman, de l'instrumentalisation du texte sacré, de son utilisation par le pouvoir politique - entendu comme le pouvoir attribué à une caste définie. Il parle de son interprétation erronée, de la suppression du sens premier. Il dit que le temps passant, les années filant, le texte peut perdre la pensée de son auteur parce que le lecteur, surtout quand il en va de son intérêt, peut lui substituer sa propre idée; une interprétation qui interroge dès lors l'efficacité des termes employés. On le sait, une phrase mal construite, un mot mal utilisé et/ou peu défini peuvent laisser place à des interprétations infinies. Il faut toujours préciser le fil de la pensée pour ne pas laisser le doute s'installer. Il faut toujours bâtir avec solidité le texte censé le porter pour ne pas induire le lecteur en erreur. Sinon je ne vous dis pas les dégâts surtout lorsque le lecteur est de mauvaise foi; sinon la puissance n'est plus dans le mot mais dans l'interprétation du mot et c'est le plus influent, le plus grand qui impose le sens et la portée.

Le roman pose ses questions: le pouvoir est-il dans le mot ou dans son interprétation? Les "savants", ceux qui se prétendent les plus à mêmes de comprendre le texte sacré, restent-ils fidèles aux écrits ou manipulent-ils la masse en leur imposant leur propre interprétation? Et dans ce cas, comment revenir au sens premier du texte? Comment comprendre les écrits qui datent de plusieurs siècles? Comment approcher le sens que son auteur a voulu lui donner? Comment lui être fidèle et ne pas le/se tromper? Faut-il le décortiquer, l'analyser pour découvrir un sens caché au fil des années par des interprétations erronées? Peut-on même y arriver sans être, à son tour, accusé de faire dans la subjectivité? La communication, écrite ou orale, n'est jamais aisée car elle ne sait pas traduire la pensée qui ne sait pas aborder la complexité. Et cette incapacité crée des maux qu'on ne sait pas soigner; des maux qui sont, pour certains, évoqués dans ce roman; ce roman intelligent qui risque de ne pas plaire à tous le monde tant il ne se laisse pas facilement aborder. Il faut se laisser glisser pour pouvoir, je pense, l'apprécier. Il est à conseiller pour son intelligence et son originalité.

Roman envoyé par Le Livre de Poche en partenariat avec Babelio.

Les villes de la plaine, Diane Meur, Le Livre de Poche, 399p, 7.30€


dimanche 7 juin 2015

Comment sortir de l'emprise "djihadiste"? - Dounia Bouzar

A l'origine, parmi d'autres, de la création du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), Dounia Bouzar nous raconte ici les processus d'endoctrinement, d'embrigadement, de déshumanisation engagés par l'Etat islamique ou Al-Nosra auprès de jeunes gens qui se laissent doucement voire rapidement apprivoiser. Comment s'y prennent-ils? Que font-ils pour gagner des individus au profil varié? Enfin et surtout, comment aider les "victimes" à sortir de leur emprise? 

Pour l'anthropologue de plus en plus en vue, tout se passe sur Internet. C'est sur la toile, sans limite, sans frontière, que les groupes dits radicaux vont à la pêche aux canards; des canards qui se cherchent des ailes pour pouvoir voler. Ils veulent faire de l'humanitaire, devenir des petits héros, sauver l'humanité de la décadence, tuer des gens en toute impunité, ils sont invités à rejoindre les troupes sanguinaires qui leur promettent ce qu'ils espèrent et attendent tant. La pêche fonctionne. Etat islamique et Al-Nosra, par leurs techniques de propagande qu'ils ont efficacement emprunté - ils n'ont rien inventé - parviennent à former le troupeau. Les canards mordent à l'hameçon et commencent progressivement à sortir de l'étang au grand dam des proches qui ne comprennent pas la rupture qui s'opère. Rien n'y fait, en effet. Les canards qui se pensent vilains veulent gagner des ailes et s'en vont auprès de ceux qui vont pourtant les leur couper, le canard devant, parmi eux, faire le canard, c'est à dire être servile, effacé, soumis à l'idéologie et à la nouvelle famille qui aime les têtes tranchées. 

Déshumanisés, incapables de réfléchir et de penser, les gens endoctrinés et embrigadés, victimes de processus sectaires, doivent, selon l'auteure et son équipe, être ré-humanisés, se reconnecter à la réalité de laquelle ils se sont échappés, retrouver leur autonomie perdue. Il faut dès lors s'intéresser au plus près à l'individu qui a fini par basculer; chercher dans son expérience, son passé ce qui a pu conduire à son égarement; trouver la cause du changement pour pouvoir définir la méthode et le chemin qui devra être emprunté pour le sauver, littéralement. Le travail est difficile. Il suppose de la patience et de l'intelligence, de la prudence et de la clairvoyance. Il suppose une chaîne humaine solidaire attentive aux évolutions de l'individu. Il suppose un travail d'équipe qui emploie des méthodes de "désembrigadement" éloignés, en conséquence, des discussions et des débats théologiques, les individus rejoignant physiquement ou idéologiquement Al-Nosra ou l'E.I étant pour le CPDSI des victimes de sectes et non d'une "organisation religieuse".

Et c'est là qu'on se pose la question: en est-on bien sûre? L'utilisation de procédés sectaires fait-il la secte? Autrement dit, E.I et Al Nosra sont-ils des sectes ou des mouvements politico/religieux qui utilisent les techniques d'approches d'une secte? On ne peut nier qu'ils ont un projet politique qui trouve sa légitimité dans leur interprétation de l'Islam et du Coran. On peut être en désaccord - on l'est forcément quand on n'est pas touché par leurs discours - mais force est de constater qu'ils agissent au nom d'une croyance politique et religieuse particulière qui, comme beaucoup, construit le "nous" en opposition à "eux" qu'ils n'hésitent effectivement pas à tuer. Dans leur tentative, jusque-là réussie, de se créer une assise territoriale - forcément violente puisqu'il y a expansion et contestation des frontières administratives établies- ils définissent les critères de "leur" collectivité comme le fait tout projet national et supprime, au nom de l'homogénéisation de la population, tout élément perturbateur. Qu'ont-ils inventé, au fond? E.I et Al-Nosra, sur fond de religiosité mal interprétée selon les spécialistes de l'Islam, mettent à l'oeuvre leur projet totalitaire et radicale qui, forcément, est violence et barbarie puisqu'une minorité convaincue agit pour appliquer le fruit d'une ambition politique démesurée à une majorité récalcitrante. L'Histoire nous a montré et prouvé ce que cela donnait: un désastre du point de vue de l'Humanité. Point de relativisation de ma part. Je dis simplement qu'ils n'ont rien inventé et qu'ils font ce que d'autres ont fait pour voir se concrétiser leur projet politique.  Ils le font avec du retard, leurs méthodes n'étant plus aujourd'hui acceptées par notre société de plus en plus attachée aux Droits de l'Homme. Alors secte ou mouvement politique? Bon, on pourrait me rétorquer qu'un mouvement politique peut être sectaire, sans doute, et qu'à la différence des autres ces groupuscules vont jusqu'à détruire l'identité et le privé. Bien mais qu'attendre d'autre d'un mouvement qui puise sa légitimité dans un texte religieux qui exige de l'individu qu'il agisse suivant les préceptes de Dieu dans le privé comme dans le public, les frontières n'étant pas aussi tranchées qu'elles le sont pour nos sociétés sécularisées? Établir une frontière entre le religieux et le politique est déjà, en soi, une difficulté pour moi insurmontable.

L'existence d'organisations comme celles d'Al Nostra, de l'Etat islamiques posent donc la question de leur identité: qu'est-ce qu'ils sont? Comment faut-il les considérer? Peut-on les penser avec les concepts et les mots qui sont les nôtres? Il faut pouvoir nommer pour comprendre et pour répondre avec clarté. Sinon, on se perd et on s'embrouille au point de dire comme le fait Dounia Bouzar, "attention je ne veux surtout pas entrer dans des débats théologiques" tout en expliquant qu'Al-Nosra et Etat islamique ne sont pas des musulmans parce qu'ils sont dans un Islam mal interprété. Si Dounia Bouzar ne fait pas, même involontairement, un débat théologique en nous disant ce qui est ou non de l'Islam, je ne sais pas ce qu'elle fait. Avocat du diable, on a envie de lui demander si ce n'est pas point de vue contre point de vue, interprétation contre interprétation. Et si n'était pas là le véritable enjeu? 

En lisant ce livre, très court et rapide à découvrir, je me suis demandée si Dounia Bouzar n'avouait pas finalement un manque de moyens pour lutter contre leur influence désastreuse. D'accord, on psychologise, individualise, on s'intéresse au parcours de chaque individu pour comprendre les motivations; d'accord on essaye avec la famille et les proches de les sortir du monde auquel ils ont adhéré mais n'a-t-on pas l'impression en lisant la seconde partie du livre, plus courte que la première qui porte sur les processus d'embrigadement, qu'il y a comme une faiblesse dans le propos, une incertitude, un doute qui contrastent avec la certitude de l'auteure lorsqu'elle pense les procédés d'endoctrinement? On sait comment ils procèdent mais est-on sûre de l'efficacité des moyens utilisés pour les contrer? La certitude n'est pas forcément.

En bref, le livre est intéressant parce que le sujet lui-même, tragique et effroyable, est intellectuellement passionnant. Il pose des questions auxquelles on n'a pas forcément de réponse. Le temps de les trouver, combien de têtes auront été coupées? Combien de vies auront été supprimées?

Essai envoyé par Les Editions de l'Atelier en partenariat avec Babelio.

Comment sortir de l'emprise "djihadiste"?, Dounia Bouzar, Les Editions de l'Atelier, 156p, 15€

samedi 7 mars 2015

Les notes de la mousson - Fanny Saintenoy

Il me faut bien l'avouer: si je n'avais pas reçu ce livre, je ne l'aurais sans doute jamais approché. Et je l'aurais sans doute regretter car ce roman s'est imposé avec grâce et légèreté. Il est doux. Il est délicat. Il est mélancolique et poétique. Il est d'une petite beauté. Sans grande difficulté, il m'a emportée; les premiers mots ont fait leur effet. Assise dans ce TGV bondé en direction de Paris, je me suis tout d'un coup retrouvée loin des cris et des pleurs de ces enfants eux-aussi voyageurs. J'étais en Inde avec ces personnages touchants et attendrissants. Je les voyais, les regardais. J'étais dans un pays que je n'ai encore jamais visité et qui, pourtant, attise toujours mon intérêt. J'entendais la petite voix de Kanou. J'interrogeais la détresse de Galta. J'imaginais l'existence parisienne d'Angèle. Et j'écoutais, imperturbable, le chant de leur tristesse.

Il y a dans ce petit roman une magie qui opère, quelque chose qui émeut et attendri; une élégance, une harmonie. Sans prétention, avec une grande modestie, il raconte l'histoire d'une petite famille; un père célèbre musicien à l'absence répétée, une mère rêveuse à l'esprit déconnecté, un enfant interrogateur et une émouvante servante. Il raconte un environnement, une ambiance marquée par un silence, un secret qui fini par être dévoilé. Il écrit un chant triste mais agréable et mélodieux. Ce roman fut donc pour moi une jolie découverte. Il a été, le temps d'un trajet, un petit nuage douillet qui m'a emmenée dans de lointaines contrées. Il est à savourer, à apprécier pour ce qu'il est: une petite visite dans une famille attachante racontée par une plume pleine de sensibilité.

Roman envoyé par les éditions Versilio en partenariat avec Babelio.

Les notes de la mousson, Fanny Saintenoy, Edition Versilio, 12.90€



jeudi 5 mars 2015

Métaphysique du Bonheur réel - Alain Badiou

Reçu dans le cadre du jeu Masse critique de Babelio, Métaphysique du Bonheur réel est un livre philosophique qui doit, aujourd'hui, recevoir sa critique. Comment l'amener, comment la livrer quand on a, comme moi, le sentiment de ne pas avoir tout compris? Soyons honnête, l'incompréhension me prive d'un droit de critique sur le fond. Que pourrais-je, en effet, répondre à Alain Badiou? Oui, je suis d'accord, notre époque souffre cruellement d'une absence philosophique. Bien sûre, je le confirme, la philosophie - si raillée - doit s'inviter et même s'imposer dans notre société. Evidemment, elle suppose du temps et une continuité. Mais pour le reste, que dire? Je crains tellement de dire des âneries, de peur d'avoir mal compris le philosophe, que je me garderais bien de discuter, ici, avec lui. C'est la forme que je préfère critiquée. Et sur ce point, j'ai quelque chose à écrire. 

De sa plume pleine d'assurance, Alain Badiou, célèbre personnage public, n'encourage pas la compréhension. L'écriture est agréable mais difficile à entendre. C'est de la philosophie me diriez-vous, c'est complexe, toujours, et pour l'entendre il faut faire un effort. Oui mais justement ... du fait de sa complexité, l'auteur doit tenter la simplicité pour assurer l'intelligibilité. Des explications en des termes abordables n'auraient sans doute pas fait de mal. Des exemples n'auraient sans doute pas été de trop. Mais malheureusement, ils manquent cruellement à l'ouvrage difficile à apprécier pour les non-initiés. Dès lors, que faire de ce livre? Je l'ai lu sans passion ni grande conviction. Ce que je pense avoir compris ne m'a pas convaincu et ce que je n'ai pas compris reste dans l'oubli. A moins qu'une âme charitable, baignée dans la philosophie, vienne gentillement me raconter tout ce que je n'ai pas saisi. En l'état difficile pour moi de juger quoique ce soit. Philosophiquement, en tout cas.

Essai envoyé par les éditions PUF en partenariat avec Babelio.

Métaphysique du Bonheur réel, Alain Badiou, Editions PUF, 88p,12€